Paris : une somptueuse exposition métamorphose l’hôtel de la Marine en chambre des merveilles

, Paris : une somptueuse exposition métamorphose l’hôtel de la Marine en chambre des merveilles

Amateurs de peintures de grands maîtres (Lucas Cranach le jeune, Hans Holbein, François Clouet, Botticelli…), de sculptures d’exception (signées Léonard de Vinci ou Donatello), mais aussi de bijoux, d’exotica et de pièces d’orfèvrerie d’une beauté à couper le souffle, l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » qui occupe, au sein de l’Hôtel de la Marine, les quatre salles de la Collection Al Thani est vraiment faite pour vous ! Plongés dans une scénographie intimiste, ces joyaux brillent en effet de tous leurs feux et nous font appréhender, physiquement et mentalement, ces mises en scène du pouvoir et du faste dont raffolaient les souverains de la vieille Europe puis, dans leur sillage, ces amoureux du Rare et du Beau que seront les collectionneurs.

Un désir partagé d’universalisme

« Le XVIe siècle voit l’apparition des collections privées, à savoir la constitution, par des personnes animées d’une grande curiosité intellectuelle, d’ensembles d’objets appréciés pour leurs qualités artistiques. Du studiolo de la Renaissance italienne à la Wunderkammer ou « chambre des merveilles », en Europe du Nord, ces collections séduiront des générations successives de collectionneurs, notamment au XIXe siècle, préfigurant la création de musées comme le V&A », souligne ainsi Emma Edwards, la commissaire de l’exposition. On ne peut s’empêcher de s’autoriser une comparaison avec son Altesse Cheikh Hamad bin Abdullah Al Thani, dont le désir d’universalisme se devine à travers toutes les périodes et les cultures représentées dans sa collection, de l’Antiquité gréco-romaine à l’art africain, en passant par l’orfèvrerie des steppes ou la Mésopotamie…

Vue de l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l'hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Vue de l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l’hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

« Quoique constituée au début du XXIe siècle, la Collection Al Thani d’œuvres d’art de la Renaissance plonge ses racines dans l’histoire du collectionnisme, tant par la nature des œuvres qui la composent que par leurs provenances, retraçant en filigrane l’émergence du goût pour les arts décoratifs du Moyen Âge et de la Renaissance à partir du premier tiers du XIXe siècle. Centrée sur les arts du feu, orfèvrerie, verrerie, émail et céramique, auxquels s’adjoignent la glyptique, la miniature et le portrait, la collection offre à voir une sélection de chefs-d’œuvre princiers, résolument tournés vers l’apparat, la curiosité et les pièces de cabinet », analyse Julie Rohou dans le beau catalogue qui accompagne l’exposition.

Vase Florence ou Pise (?), 1600-1630 Verre, bronze doré H. 26,5 cm Collection Al Thani, présenté dans l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l'hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Vase Florence ou Pise (?), 1600-1630, verre, bronze doré, H. 26,5 cm, Collection Al Thani, présenté dans l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l’hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Le bijou : un monde en réduction

L’exposition offre ainsi l’opportunité rare de découvrir un ensemble exceptionnel et inédit de sept bijoux Renaissance appartenant tous à la Collection Al Thani. On a peine à croire que circulent encore sur le marché de l’art de telles pièces, dont la préciosité des matériaux le dispute à la virtuosité d’exécution ! Parmi ces chefs-d’œuvre, le regard est irrésistiblement attiré vers cette enseigne ronde pour chapeau réalisée probablement dans un atelier parisien vers 1550. Représentant le sacrifice d’Isaac dans une minutie de détails vertigineuse, cet ornement combine à merveille le travail de l’émail et l’incrustation de diamants et de rubis.

Enseigne à chapeau : le Sacrifice d’Isaac Paris (?), vers 1550-1560, or, émail, diamants, rubis, saphir Diam. 7 cm, Collection Al Thani

Enseigne à chapeau : le Sacrifice d’Isaac Paris (?), vers 1550-1560, or, émail, diamants, rubis, saphir Diam. 7 cm, Collection Al Thani

On peut lui préférer davantage encore cet imposant pendentif doté d’une intaille en cornaline représentant Jupiter assis sur son aigle, flanqué des dieux Mercure, Mars et Neptune, eux-mêmes entourés des douze signes du zodiaque. L’exceptionnelle qualité de la gravure (vraisemblablement inspirée d’une composition de Raphaël) ainsi que la préciosité des matériaux inclinent à deviner derrière cette pièce un commanditaire de haut rang désireux d’affirmer aux yeux de tous sa richesse et son pouvoir. Ayant appartenu au quatorzième comte d’Arundel qui en fit l’acquisition auprès d’un marchand flamand, ce joyau fut probablement réalisé pour le compte du duc de Mantoue vers 1540.

Vue de l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l'hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Vue de l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l’hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Exotica et autres mirabilia

Il est vrai que l’essor spectaculaire des routes commerciales avec l’Asie et le Moyen-Orient provoque une arrivée massive de gemmes sur le vieux continent (diamants importés d’Inde, rubis de Birmanie, saphirs et spinelles de Ceylan, perles du golfe Persique…), mais aussi de matériaux infiniment plus exotiques (nacre, ivoire, coquille de nautile, porcelaines chinoises…).

Nef Brême, 1600-1615, tutufa bubo, argent doré, émail 43 x 20 cm, Collection Al Thani, présentée dans l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l'hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Nef Brême, 1600-1615, tutufa bubo, argent doré, émail 43 x 20 cm, Collection Al Thani, présentée dans l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l’hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

L’inventivité et l’audace des artistes de la Renaissance ne connaissent alors guère de limites pour détourner et monter ces matières fascinantes en coupes, aiguières, chopes, et autres ustensiles dont le luxe étourdissant laisse pantois. En témoigne ce célèbre coffret dit «  Robinson  » en ivoire de Ceylan (Victoria and Albert Museum, vers 1557) dont les scènes gravées combinent, dans une horreur du vide, une iconographie chrétienne et des scènes d’inspiration locale.

Coffret Robinson, vers 1557, ivoire, conservé au Victoria and Albert Museum de Londres, présenté dans l'exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage.

Coffret Robinson, vers 1557, ivoire, conservé au Victoria and Albert Museum de Londres, présenté dans l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Tout aussi virtuose apparaît cette figure d’automate juchée sur une carapace de tortue (Allemagne, Victoria and Albert Museum, 1600-1650), ou bien encore ces ravissants pendants, l’un en forme d’autruche et de cavalier (Allemagne ou Pays-Bas, Collection Al Thani, vers 1580-1610), l’autre en forme de salamandre (Europe de l’Ouest, Victoria and Albert Museum, 1490-1499) qui épousent et détournent à merveille les contours irréguliers d’une perle baroque.

Vue de l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l'hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Vue de l’exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » à l’hôtel de la Marine à Paris © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Dans l’intimité du collectionneur

Mais l’une des œuvres les plus fascinantes de l’exposition n’est autre que cette statuette en bronze de la fin du XVe siècle représentant le héros grec Méléagre saisissant une lance pour défier le féroce sanglier de Calydon qui menace sa patrie. Mariant l’or, le bronze et l’argent, cette merveille conservée dans les collections du musée britannique fut probablement exécutée à Mantoue à la fin du XVe siècle par un sculpteur surnommé l’Antico. Il faut alors l’imaginer entre les mains d’un collectionneur averti «  qui la tiendrait et la retournerait au creux de sa main, dans un espace privé où la lumière vacillante des bougies ferait ressortir les finitions dorées et argentées  », se plaît à rêver Tristram Hunt, le directeur du Victoria and Albert Museum.

L’Antico (Pier Jacopo Alari Bonacolsi, dit) Méléagre Mantoue, vers 1484-1490 Bronze partiellement doré avec incrustations d’argent 33 x 18 x 10 cm Victoria and Albert Museum, A.27-1960 Achat avec l’aide des legs Horn et Bryan, et le soutien de l’Art Fund Image © Victoria and Albert Museum, London

L’Antico (Pier Jacopo Alari Bonacolsi, dit), Méléagre Mantoue, vers 1484-1490, bronze partiellement doré avec incrustations d’argent, 33 x 18 x 10 cm, Victoria and Albert Museum © Victoria and Albert Museum, London

Coupe en cristal de roche représentant Neptune et Amphitrite née dans un atelier milanais, plaque en émail de Limoges illustrant une scène de l’Énéide, portrait miniature représentant un jeune homme anglais d’une étonnante modernité, paire de cygnes en nautile et argent doré provenant d’Allemagne nous rappellent combien les artistes et les objets voyageaient selon le bon vouloir des commanditaires et les convoitises des collectionneurs.

Paire de coupes : cygnes Allemagne, vers 1602 Nautiles, argent doré, améthyste, rubis, émeraude 27,2 x 16 x 10,1 cm (mâle) et 27,2 x 15 x 9,1 cm (femelle) Collection Al Thani, présentée dans l'exposition « Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections » © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Paire de coupes : cygnes Allemagne, vers 1602 Nautiles, argent doré, améthyste, rubis, émeraude 27,2 x 16 x 10,1 cm (mâle) et 27,2 x 15 x 9,1 cm (femelle) Collection Al Thani, présentée dans l’exposition «  Le Goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections  » © The Al Thani Collection 2024. All rights reserved. Photographie par Marc Domage

Reflet de cette circulation des idées, des œuvres et des hommes, l’un des trois carnets de Léonard de Vinci conservés au V&A sous le nom de Codex Forster est ainsi parvenu dans les collections du musée anglais après être passé par moult péripéties qui l’ont conduit de l’Italie à l’Autriche, avant de gagner l’Angleterre. En dépit de sa petite taille, cette pièce exceptionnelle, qui renferme les écrits de la main même du grand Léonard, mérite, à elle seule, que l’on visite cette somptueuse exposition.

« Le goût de la Renaissance. Un dialogue entre collections »
Hôtel de la Marine, Al Thani Collection, 2 Place de la Concorde 75008 Paris
Jusqu’au 30 juin 2024


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