Le Palais Garnier à Paris : secrets et féérie d’un chef-d’œuvre architectural

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Un concours pour l’édification du nouveau théâtre de l’Académie impériale de musique ? C’est une aubaine inespérée pour les architectes, à une époque où le prince seul décide des grands projets ! La profession s’y engouffre. Cent soixante et onze projets sont soumis. En mai 1861, le jury désigne, à l’unanimité, la proposition d’un certain Charles Garnier (1825-1898). À l’exception d’une étude controversée de restitution de la polychromie du temple de Jupiter à Egine (Grèce), celui-ci n’a pas encore eu l’occasion de se distinguer. Grand Prix de Rome en 1848, il est alors architecte de la Ville de Paris pour les Ve et VIe arrondissements. Le projet est pharaonique.

Dans le cadre d’une collaboration avec Medici.tv, « Connaissance des Arts » vous propose un accompagnement sonore :
🎧 Arranci, datteri !, acte II de La Bohème de Giacomo Puccini

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Les ors d’un empire menacé

La parcelle destinée au nouvel Opéra ne couvre pas moins de 15 000 mètres carrés, sur l’une des places les plus en vue du Paris redessiné sous la direction du baron Haussmann. La décision de bâtir ce théâtre a été précipitée par l’attentat perpétré par le patriote italien Felice Orsini en 1858. Les bombes lancées sur la berline de Napoléon III, immobilisée devant le péristyle de l’Opéra alors situé rue Le Peletier, a fait un carnage. Si le couple impérial n’en est sorti qu’à peine égratigné, il est évident que sa sécurité impose un transfert de l’institution dans un quartier moins encombré. Le nouvel Opéra disposera d’une entrée latérale réservée aux souverains, qui, par une rampe, accéderont sans sortir de voiture au pavillon de l’Empereur.

Le grand escalier du Palais Garnier à Paris. Photo : © Connaissance des Arts / Manolo Mylonas

Le grand escalier du Palais Garnier à Paris. Photo : © Connaissance des Arts / Manolo Mylonas

Un chantier hors norme

La première pierre est posée le 21 juillet 1862. Avant de se lancer dans son premier chantier de prestige, Garnier parcourt l’Europe pour étudier les grands théâtres lyriques. En France, le Grand-Théâtre de Bordeaux, œuvre de Victor Louis, sera pour lui une référence fondamentale. Le défi à relever est immense. À la complexité du programme s’ajoute la difficulté liée à la forme en losange du terrain, peu propice à un geste architectural. Dès le creusement des fondations, la découverte d’une nappe d’eau souterraine cause retards et surcoûts. Ne pouvant l’assécher totalement, l’architecte décide de la contenir dans un gigantesque réservoir souterrain. La légende du « lac » de l’Opéra est née !

Charles Garnier, Nouvel Opéra. Élévation de la façade principale et des pavillons latéraux, 1861, crayon, encre, lavis et aquarelle, 80 x 129,5 cm, BNF, Bibliothèque-musée de l’Opéra.

Charles Garnier, Nouvel Opéra. Élévation de la façade principale et des pavillons latéraux, 1861, crayon, encre, lavis et aquarelle, 80 x 129,5 cm, BNF, Bibliothèque-musée de l’Opéra.

Autre tracasserie, les immeubles édifiés autour de l’Opéra outrepassent le gabarit imposé. Garnier surélèvera donc la façade en la coiffant d’un imposant attique. Lorsqu’éclate la guerre franco-prussienne en 1870, l’édifice est loin d’être achevé, le chantier ayant été plusieurs fois paralysé par des restrictions budgétaires. En 1873, la destruction complète de l’Opéra de la rue Le Peletier dans un incendie plaide pour une accélération du chantier. Le nouvel Opéra est enfin inauguré par le président Mac-Mahon le 5 janvier 1875.

Le Palais Garnier en 3 expositions Organisée par la BnF et l’Opéra de Paris, l’exposition de la Bibliothèque-musée de l’Opéra réunit une centaine de tableaux, dessins, photos, affiches et costumes pour évoquer l’histoire, le rayonnement artistique mais aussi les légendes et fantasmes qu’ont fait naître ce monument labyrinthique. À noter, la visite de l’Opéra est incluse dans le billet … Au musée d’Orsay, les fascinantes photographies de Delmaet et Durandelle, commandées par Garnier, documentent le chantier exceptionnel de l’Opéra. Elles permettent d’apprécier dans le détail son décor sculpté, aussi profus qu’inventif. Le musée consacre un deuxième accrochage au décor peint du grand foyer, à travers les dessins et esquisses de Paul Baudry, brillant dessinateur et coloriste, condisciple de Garnier à la Villa Médicis, et aussi des peintres Jules-Élie Delaunay et Félix-Joseph Barrias.
Long de 54 mètres, large de 13 et haut de 18, le grand foyer est orné de plafonds peints par Paul Baudry. Photos : Manolo Mylonas

Long de 54 mètres, large de 13 et haut de 18, le grand foyer est orné de plafonds peints par Paul Baudry. Photo : © Connaissance des Arts / Manolo Mylonas

Simplicité baroque

Le génie de Charles Garnier est d’avoir inscrit ce qui est alors le plus grand théâtre du monde dans une composition simple et majestueuse, dont les volumes savamment articulés annoncent clairement les dispositions intérieures. Théâtrale et baroque, la façade principale est percée de sept arcades monumentales ouvrant sur le vestibule. Au premier étage, la loggia dont les sept baies rectangulaires sont flanquées de colonnes monumentales annonce le grand foyer du public. Surgissant au-dessus de l’attique, le dôme de cuivre couronne la salle de spectacle. À l’arrière de celui-ci, le gigantesque pignon correspond à l’immense cage de scène. De part et d’autre de l’édifice, deux pavillons en rotonde coiffés d’un dôme calent la composition. À gauche, le pavillon destiné à l’empereur, dont les salons abritent désormais la bibliothèque-musée ; à droite, le pavillon jadis réservé aux abonnés, les « actionnaires » du lieu en quelque sorte. Situés en retrait de la façade principale, ces pavillons se logent habilement dans les pointes latérales de l’inconfortable losange. À l’arrière de l’édifice, un portail monumental donne accès au bâtiment de l’administration, plus austère.

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Affiche pour Le Fantôme de l’Opéra, film de Julian Rupert, 1925, d’après Gaston Leroux. BnF, Arts du spectacle

La sculpture monumentale est largement déployée sur la façade principale et les parties hautes de l’édifice. Des groupes ailés symbolisant la Poésie, la Musique instrumentale, la Danse et le Drame lyrique accueillent les spectateurs. Conçus pour rehausser l’architecture, ils s’inscrivent dans un cadre strictement défini par Garnier. Seule La Danse de Jean-Baptiste Carpeaux enfreint toutes les règles, avec ses six figures principales (au lieu de trois !) et leur folle farandole. Deux groupes dorés surplombent la façade, à gauche L’Harmonie, à droite La Poésie. Hissé sur le dôme, au plus près du ciel, Apollon brandit sa lyre, entouré de la Poésie et de la Musique. Son auteur, Aimé Millet, a également signé la statue de Vercingétorix à Alise-Saint-Reine. Comme tous les artistes appelés à orner l’Opéra, il est un pur produit de la filière académique de l’École des beaux-arts.

Le Grand foyer de L'opera Garnier ©manolo Mylonas/pour Connaissance daes Arts

Le Grand foyer de l’Opera Garnier. Photo : © Connaissance des Arts / Manolo Mylonas

Dorures, marbres, miroirs

À l’intérieur, Garnier ménage une série d’effets saisissants. Après avoir franchi le vestibule, on est happé par le vertigineux escalier de marbre et d’onyx, dont la voûte peinte est portée par des arcades reposant sur trente colonnes monolithes de marbre sarrancolin. Temple lyrique et mondain, l’Opéra met en scène son public dans cet escalier d’une ampleur sans précédent, ainsi que dans le foyer, avatar de la Galerie des Glaces de Versailles, orné de peintures de Paul Baudry. Un avant-foyer orné de mosaïques à fond d’or le précède. Aucun théâtre au monde ne dispose d’autant d’espaces de déambulation. La prodigalité du décor, la profusion des miroirs, des lustres, des torchères entraînent les spectateurs dans un tourbillon de luxe. Qui se doute que cette opulence cache des structures métalliques, un chauffage central, un réseau complexe de conduites de gaz d’éclairage remplacé, en 1887, par des câbles électriques ?

Le Raid Paris-Monte-Carlo en deux heures de eorges Méliès, 1905. PhotographieBnF, Arts du Spectacle

Le Raid Paris-Monte-Carlo en deux heures de eorges Méliès, 1905. Photographie
BnF, Arts du Spectacle

Dans cet ensemble hors norme, la salle de spectacle, plus classique, se distingue surtout par son lustre, un colosse de 8 tonnes, et par son acoustique, soigneusement étudiée par l’architecte. Sa structure entièrement métallique la met à l’abri du feu, ennemi mortel des théâtres anciens. Quant à la scène, elle s’inscrit dans une cage de 62 mètres de haut. Au développement exceptionnel des cintres correspond celui des « dessous ». Ce dispositif permet de mettre en place et de faire disparaître rapidement les décors extravagants du Grand Opéra à la française. Mais avec Garnier, la féerie commence dès la montée des marches.

La retonde des abonné(e)s. ©manolo Mylonas/pour Connaissance des Arts

La retonde des abonné(e)s du Palais Garnier. Photo : © Connaissance des Arts / Manolo Mylonas

Palais Garnier
place de l’Opéra, Paris
visite sur réservation en ligne uniquement


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